Accueil Date de création : 07/07/09 Dernière mise à jour : 14/03/10 14:04 / 45 articles publiés
 

Une poignée d'amandes

18  (Une poignée d'amandes) posté le mardi 03 novembre 2009 20:31

Les gonds sont affreusement rouillés et j’ouvre la porte dans un grincement effrayant. La pièce est aussi plongée dans l’obscurité. Un feu rougeoyant éclaire un mobilier aussi miteux que celui de la chambre. Je m’installe dans une bergère et me laisse bercer par la folle danse des flammes. Je perds la notion du temps.

Quelqu’un entre, frappe ses soulier contre le mur de pierre, tire les rideaux m’enlevant des bras de Morphée. Je me redresse honteuse. Le vieil homme s’affaire dans la cuisine, je m’approche, confuse. Avant de pouvoir prononcer des mots stupides, il demande :

« Bien dormi ? »

Je souris. Le murmure d’un ruisseau, le chante d’un oiseau, la susurration du vent, la mélodie de la nature,… la voix.

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19  (Une poignée d'amandes) posté le dimanche 03 janvier 2010 15:04

Ce soir, je vus mon premier bol de soupe depuis quatre ans. J’ai redécouvert le doux mélange des légumes nés de la terre. Une immense sensation de chaleur m’envahit faisant gargouiller mon ventre de plaisir. Cinq cuillerées et je fus repue ; mon hôte s’enferma dans un étrange silence.

Les flammes dansent, joyeuses, dans le foyer ; une danse harmonieuse et apaisante. Le vieil homme les contemple, le regard vide, assis dans une bergère. Il ne doit pas être habitué à avoir de la compagnie. C’est un solitaire, la peau tannée par le soleil, les yeux bleus, légèrement verdâtres, comme un lac, une touffe de cheveux blancs, le corps sec. Son visage semblait éclairé par une infinie sagesse.

Un jour, deux, peut-être trois s’écoulèrent. Je restais dans un état léthargique mais doucement, mon corps reprenait vie. Une idée commençait à faire son chemin dans mon esprit.

Fièrement posé sur le rebord de la fenêtre, un oiseau chante. La gorge bleutée, le bout des ailes noir, le corps blanc maculé de tâches dorées, il rayonne sous le soleil matinal. Avec une patience infinie, je m’approche et fait tourner délicatement la poigné de la fenêtre. L’ange bleuté semble m’attendre. L’astre de jour est au zénith lorsqu’il se décide à sauter sur ma main. Ses petites griffes entrent dans ma peau. Cependant, la légère douleur fait place à l’émerveillement. Sans prévenir, l’oiseau s’envole et je me précipite à l’extérieur pour le suivre.

Le choc est brutal. Etourdie un instant, je m’agrippe au mur de pierre. La nature s’étend sous mes yeux, d’une beauté époustouflante, d’une harmonie parfaite. Du doré étincelant de l’herbe, au brun tendre des troncs, du vert chatoyant des chênes, au rouge vif des coquelicots. Je suis subjuguée et m’avance incertaine dans cet univers nouveau. Je marche dans la poussière, je perds la mesure du temps. Je trempe mes pieds dans le ruisseau et les images du rêve m’envahissent, puissantes. Mon songe était à portée de main, il suffisait juste d’ouvrir les yeux…

Je me décide à rentrer lorsque le paysage s’est teinté des couleurs chaudes du crépuscule. Le vieil homme prépare déjà la soupe, il ne dit rien comme à son habitude. S’il ne m’avait pas brièvement parlé le premier jour, j’aurais cru qu’il était muet. En vérité, j’apprécie ce silence qu’il m’a imposé, je l’aime d’autant plus. J’entrepris de parcourir la vallée les jours suivants, de la forêt de Marsanne jusqu’aux plaines agricoles sur l’autre versant. Je retrouve un peu d’énergie, un peu de vie à chaque pas. Cependant, j’avais clairement conscience que mes parents ne pourraient rester sans nouvelles éternellement, aussi indifférents soient-ils. Cette pensée me nouait le ventre.

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20  (Une poignée d'amandes) posté le dimanche 03 janvier 2010 16:04

Une sensation étrange me tenaille depuis le début de mon expédition : l’impression assez angoissante d’être suivie. J’ai beau me retourner, aucune forme suspecte à l’horizon. C’est donc, après avoir consciencieusement réfléchi, que je change mon trajet. Au lieu de continuer sur le sentier qui mène à la forêt hirsute. Je m’engage sur le chemin connu de la rivière. En trois sauts, je suis sur l’autre rive et m’effondre derrière des contreforts naturels : l’effort et l’angoisse me tordent le ventre. Le bruit de l’eau qu’on éclabousse me fait relever la tête. Un garçon de mon âge sans doute me rejoint en quelques enjambées, le visage rayonnant de malice. Il s’installe nonchalamment sur le rocher.

« Salut ! Moi, c’est Baptiste, lance-t-il en tendant une main pour m’inviter à le rejoindre. »

Je l’attrape, grimpe et m’asseoit à ses côtés. Il lâche mon poignet, surpris.

« Hé ! T’as la peau sur les os, s’écrie-t-il avec une grimace. Et toi, tu… ?

- Emmeline, dis-je de plus en plus mal à l’aise. »

Face à mon silence gêné, il reprend :

« Euh… désolé. Je suis curieux et t’as touffe de renard m’amuse, fait-il en désignant mes cheveux roux, les cheveux de ma mère. T’es de Marsanne ? Jamais vue.

- Non, de la ville.

- Ah, je comprends mieux. T’es en vacances alors ?

- Oui, euh… en quelques sortes. »

Toujours mal à l’aise, je ne suis pas très loquace et cela commence à l’agacer. J’ai pris l’habitude de me taire et le retour à la civilisation est difficile.

« T’as bien de la chance, reprend-il. J’aime pas l’école, je préfère battre la campagne. Tu loges où ?

- Au bout de la Chabrène près de chez le père Emile. Et toi ?

- Rue du clocher. Mon père est potier. Quelle vie pourrie passée entre les cigales et les lézards ! je voudrais trop partir en ville, y parait que là-bas, la vie est belle.

- Peut-être pas. J’en sais quelque chose. »

Il me sourit vaguement convaincu. Soudain, Baptiste tourne sa frimousse constellée de tâches de rousseur vers la lisière du bois, ses yeux se plissent.

« Faut que j’y aille. Fait pas bon par ici, lâche-t-il en sautant de son perchoir. Ravie de t’avoir rencontré Emmeline. A plus tard ou au pire, on se reverra en ville ! »

Tandis qu’il s’éloigne, j’aperçois au loin la silhouette de mon hôte. Le soir, rien ne change et je finis par oublier l’épisode de l’après midi.

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21  (Une poignée d'amandes) posté le dimanche 03 janvier 2010 17:04

Curieusement, le lendemain matin, il m’attend dans la cuisine. Lorsque je suis prête nous partons.

En silence, il me fait découvrir des lieux d’une beauté insoupçonnée, des petits jardins d’Eden. J’apprends la langage de la nature. J’oublie le passé et l’avenir pour me consacrer à ces moments volés à la réalité. Pas pour longtemps.

Un soir, nous rentrons épuisés par une longue marche dans a forêt de Marsanne. Je monte à l’étage me changer quand j’entends des éclats de voix :

« Alors, le père Emile ?! T’es content, hein ? De toute façon, tu pourras pas la garder longtemps, pas comme avec la Marlène ! Y z’ont déjà lancé des recherches ! »

Le blondinet du ruisseau se tient menaçant devant la maisonnette : les poings sur les hanches. Puis, après avoir jeté quelques pierres contre la façade, il s’enfuit comme un lapin.

Le souper se déroule dans une étrange ambiance : mon hôte plus absent qu’à l’ordinaire, le regard vide, et moi, excitée par la curiosité.

C’est devant la cheminée lorsque la chaleur engourdie les membres et que les flammes ont hypnotisé le regard que c’est sorti. D’un coup, sans prévenir et d’une traite. Avec cette voix, le murmure du ruisseau, le chante de l’oiseau, la susurration du vent, la mélodie de la nature…

« C’était une belle femme la Marlène, bien bonne en plus avec ses boucles rousses et ses yeux en amande. Elle venait de Marsanne, fraîche comme la rosée, les joues rosies par la brise printanière. J’ai vécu avec elle, quelques années, une vraie passion. Elle était fille d’une « jeune » mère et moi, jeune veuf. On nous a mariés de force plus que de gré. Pourtant, les premières années furent une réussite. Elle était un bulle de bonheur dans une vie de labeur. Notre perte fut le petit Benoît. Marlène mit du temps avent de tomber enceinte, mais elle accouche d’un enfant mort-né. Le chagrin fut passager et ma Marlène retrouva le sourire et la joie de vivre. Les années passèrent et elle enchaîna les fausses couches. J’étais sourd à sa douleur. Des rumeurs stupides se sont répandues au village. Je continuai à travailler comme une bête avec des œillères. Je n’ai pas vu venir notre malheur. Et lorsqu’il a frappé, je suis arrivée trop tard. Elle s’était jetée du haut de la cascade. »

La voix s’éteint et j’imagine aisément la suite. Le vieil homme s’est enfermé dans le silence et a vécu en ermite, loin des autres et de leurs moqueries.

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22  (Une poignée d'amandes) posté le dimanche 03 janvier 2010 18:04

Le lendemain matin, mes affaires sont prêtes. Contrairement à son habitude, mon hôte ne s’est pas levé.

J’ai marché à travers les prés pendant une bonne heure faisant un long détour. Le logis n’a pas changé en une semaine, toujours gris, délabré, mais avec un certain charme. Une voiture noir est stationnée, félin sage dans l’allée. Une silhouette coiffée d’un large chapeau se tient sur la terrasse. Lorsqu’elle m’aperçoit, elle pousse un cri et se précipite vers moi. Ma mère, visage défait et cheveux roux en pagaille, soupire, soulagée. Cependant, nous nous observons longtemps en chiens de faïence. Puis, hésitante, elle m’attire dans ses bras. Je me blottis contre son corps et retrouve la chaleur innocente d’avant.

« Ton père n’a pas… Oh ! Comme tu as…

- Je sais maman. »

Nous montons dans la voiture, je lance un dernier regard vers le logis et nous prenons la route en direction de la ville, de la dure réalité.

Un doux parfum de rose. Le vieil homme pénètre dans la pièce que j’occupais quelques heures auparavant. Les meubles n’ont pas été dépoussiérés, les vernis n’ont pas retrouvés leur éclat, les volets sont toujours clos, rien à changer, excepté cette agréable senteur. Sur la table de chevet, une feuille de papier attire son regard.

« Il y a quatre ans, j’ai perdu pieds. Lors de l’une des dernières querelles entre mes parents, mon père m’a traité de « bâtarde ». j’ai été tirée brutalement de l’insouciance de l’enfance tandis que ma mère s’est effacée totalement. Elle a choisi les antidépresseurs, moi, j’ai préféré l’anorexie et le suicide. C’était pathétique. Grâce à vous, j’ai réappris la vie et découvert sa véritable beauté. J’ai décidé de partir à l’internat. Me couper de mes parents ne peux me faire que du bien. »

 

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C'est la fin de cette nouvelle. Je suis sincèrement désolée pour l'absence d'image sims pour la dernière maj mais je suis dépendante d'un ordinateur capricieux qui affiche "erreur fatale" à chaque démarrage du jeu...

En espérant que vous avez passé un bon moment !

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