Les lumières s’éteignirent. Les rideaux s’ouvrirent. Une silhouette se dessina sur la scène. Elle était svelte, gracieuse et partiellement éclairée par un chandelier. Installée au balcon, j’ouvrais grand les yeux essayant de la reconnaître. Assise aux côtés de mon père, je ne saisissais pas l’importance du moment. Il m’avait murmuré à l’oreille de sa voix confuse dans l’intimité :
« C’est maman. » 
La salle retenait son souffle. J’étais trop jeune pour comprendre que c’était le dernier récital de ma mère. Une douce mélodie envahit l’espace, prit possession des murs et des spectateurs. Une harpe et des violons la reprirent. La voix se tut. Quand elle s’éleva de nouveau, ce fut avec une force surnaturelle. Elle m’envoûta et m’entraîna dans son monde. Des prairies, des lacs comme des miroirs, des muses les pieds dans l’eau et une fleur dans les cheveux, le murmure d’une cascade, et une petite fille qui danse. Je galopai à travers les vallées, heureuse, légère. Lorsque je rouvris les yeux, la musique s’était tue ainsi que la voix. Tous les projecteurs étaient braqués sur la jeune femme rousse, sur ma mère.
Soudain, ce fut un concert
d’applaudissements. Le récital avait duré une heure et demie
et les spectateurs en réclamaient encore. 
Je tournai ma tête de poupée vers mon père. Il détourne le regard, trop ému. Une larme perla au coin de son œil. Il l’essuya d’un geste agacé. Lorsque nous fûmes dans la loge de ma mère, ce n’était plus le même homme. Froid et distant, il consolait son épouse effondrée. J’étais trop jeune pour comprendre. Maman était ma fée et papa mon roi.
Je tombe de plus en plus vite et ma vie m’échappe.











