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Accueil Date de création : 07/07/09 Dernière mise à jour : 03/01/10 18:04 / 45 articles publiés
 

Une poignée d'amandes

09  (Une poignée d'amandes) posté le dimanche 16 août 2009 18:58

Dissimulée par un bosquet d’épineux, une maisonnette était aux aguets. Recroquevillée sur elle-même tel un hérisson, elle protégeait quelques hortensias et tournesols. Petit igloo de pierres, elle arborait une toiture d’un rouge terne. Je me demandais si c’était la demeure du vieil homme mentionné par le jardinier la veille. Lorsque je me détournai de la maisonnette, l’inconnu avait disparu. Mon père entra dans la cuisine.

« C’était la maire, annonça-t-il avant de se rasseoir. » Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

En effet, ce n’était pas tous les jours que des citadins prenaient des vacances à Mirmande. Après la visite du maire, nous vîmes défiler toute la journée devant la propriété des paysans allant aux champs. Il était évident qu’ils réalisaient un détour par simple curiosité. Cela énerva ma mère déjà nerveuse à l’idée de la campagne environnante. Elle finit par s’enfermer dans la salle de bain, un masque et des concombres sur les yeux. Mon père passa sa journée au téléphone se plaignant continuellement de la mauvaise couverture Wifi. Au dîner, attablés devant une assiette de salade, la décision tomba. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

« Ecoute Emmeline, commença le doyen de la famille. Ta mère et moi avons beaucoup réfléchi. Il est indiscutable que l’air de la campagne te donne un meilleur teint et retourner chez nous serait une mauvaise idée dans un premier temps. En ce qui me concerne, je dois rentrer au plus tôt pour peaufiner les derniers détails de la campagne pour la mairie. Je pensais pouvoir te laisser avec Aline or, elle ne supporte pas le climat et a insisté pour m’accompagner. Tu dois nous dire si tu es prête à vivre ici quelques jours, seule. Nous pensons que tu es assez grande et ta mère passera te voir tous les week-ends. » Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

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10  (Une poignée d'amandes) posté le dimanche 16 août 2009 19:00

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10 bis  (Une poignée d'amandes) posté le vendredi 28 août 2009 21:32

« Je saute ? Je ne saute pas ? »

Les mots tournent en boucle dans ma tête. C’est venu doucement, sans bruit, tel un serpent. Puis, sûrement, ça s’est enroulé et lové au plus profond de moi. Je ne peux plus faire un pas sans y penser, j’attends la morsure. Mon crâne est lourd comme s’il a été coulé dans du plomb. Mon corps ne répond plus, figé au-dessus de la chute d’eau.

« Je saute ? Je ne saute pas ? »

C’est semblable à la roulette du casino. La bille est lancée à une allure folle mais, irrévocablement, elle ralentit pour s’arrêter sur une case blanche… ou noir…

« Je saute ? Je ne saute pas ? »

La nature a revêtu ses habits de fête. Le soleil rayonne avec intensité au zénith, illuminant le ciel d’un bleu limpide. La forêt frémit de joie, l’eau danse, le torrent chante. Les herbes folles se plient avec grâce sous le souffle léger du vent. Les champs brillent de mille feux…

« Je saute ? Je ne saute pas ? »

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11  (Une poignée d'amandes) posté le vendredi 28 août 2009 21:34

Une semaine auparavant, mes parents partaient. Quand la lune s’efface sous l’éclat de l’étoile. Ils laissaient un peu d’argent, un stock de médicaments, un baiser sur ma joue et la promesse de venir le week-end suivant. Ils ne sont pas venus. Mon père prépare son premier meeting à l’Odéon et ma mère souffre d’une angine blanche. Ils ont juste appelé pour prendre des nouvelles. J’ai menti pour les rassurer ou peut-être pour mieux les éloigner. Pendant quatre ans, mes parents ont tenté de garder ma tête hors de l’eau, surtout mon père. Je n’ai plus la force. Ils ont promis de me rendre visite le dimanche suivant. Foutaises.

Je suis parfaitement consciente de ce qui va arriver. Le mot est tabou pour eux, par pour moi. Je vais me suicider. Ce n’est pas une décision prise à la légère. Il faut pourvoir peser le pour et le contre avec justesse. Dans mon cas, le seul regret est la nuit mais, la mort n’est-elle pas une nuit éternelle ? Je veux arrêter de penser à cette vite faite de profit et faux-semblants, à ce monde que s’est construit mon père et auquel ma mère a toujours rêvé. Je veux…

« Je ne saute pas ? Je saute. »

Comme un ralenti de cinéma, mon corps se contracte pour rassembler toute l’énergie disponible. Puis, il se tend, les pieds quittent le sol. Je prends mon envol. Un instant, l’air me porte, m’enveloppe doucement. Cependant, les lois de la physique sont une réalité.

C’est la chute. La dernière.

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12  (Une poignée d'amandes) posté le vendredi 28 août 2009 21:36

« Voulez vous couper le cordon ? »

Une paire de ciseaux, des lumières aveuglantes, des blouses blanches, des gants en latex bleu pâle, des cris, des pleurs, des rires et cette voix embarrassée. J’avais changé de mains. Je fus éblouie par un sourire étincelant et une tignasse rousse flamboyante : maman. Ses lèvres se posèrent sur ma joue mouillée par le liquide amniotique. Puis, une main rêche me caressa maladroitement le crâne. Elle était poilue, elle me fit peur. Je pleurai, je criai dans un langage animal. Doucement, ma mère me berça, je me blottis contre elle tétant mon pouce. La sage-femme sourit.

« Comment désirez-vous l’appeler ? demanda-t-elle.

- Emmeline, répondit la voix embarrassée. »

Emmeline… Je faisais mon entrée dans la civilisation. Par la suite, j’appris que mon prénom n’était pas un hasard. Il comprenait le début de celui de mon père, Emeric, et la fin de celui de ma mère, Aline. Le deuxième m était une pure fantaisie.

« Il faut vous reposer Mme d’Avenson. »

Une femme en blouse blanche me prit dans ses bras. Une infirmière attacha un bracelet en plastique à mon poignet. Je parcourus les couloirs de la clinique avant d’atterrir dans un berceau. Je me souviens de ces paroles, de ce blanc aveuglant et en particulier d’un parfum de lavande. Le reste, je l’ai ressenti inconsciemment ou inventé. Je m’étais tissée un bonheur artificiel pour mes premiers jours sur Terre.

La chute était longue et les images défilent.

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