blogorama
Accueil Date de création : 07/07/09 Dernière mise à jour : 03/01/10 18:04 / 45 articles publiés
 

Autoportrait

01  (Autoportrait) posté le mardi 28 juillet 2009 14:42

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

lien permanent

02  (Autoportrait) posté le mardi 28 juillet 2009 15:38

  Les années avaient coulé sur la peau érodant la beauté du visage. Elles avaient refroidies le gris des yeux. Les cheveux blanchis à la chaux sont tirés sévèrement en un chignon banane, effaçant quelques rides. L’épiderme semble être un papier froissé tendu maladroitement sur les muscles fatigués. Derrière les traits vieillis, la jeune femme se devine encore. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit    En effet, la dame âgée, assise dans un fauteuil à proximité de la fenêtre, illumine la pièce de sa sagesse, de sa tristesse surtout. Elle se tient droite, rigide entre les coussins, immobile, le visage partiellement éclairé par la lumière extérieur. A travers les vitres, luit l’océan, étendue infinie et limpide, rivalisant d’éclat avec la vieille femme. Le peintre immortalise cette lumière au bout de son pinceau. Délicatement, il appose les couleurs sur la toile. Sous les poils tintés, la vie prend forme grâce à l’artiste. En face de lui, le modèle se laisse scruter, impassible ou presque.Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit   Les interrogations se bousculent dans sa tête. Pourquoi avoir accepté de venir ici, de suivre ce jeune homme ? A son âge, était-ce bien raisonnable ? Quel intérêt avait-il trouvé à réaliser son portrait ? Il existe de plus jeunes et plus beaux modèles. Malgré tout, elle ne peut pas se juger, cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait contemplé son reflet, trop longtemps… Grâce à l’habitude, son trouble paraissait à peine.

lien permanent

03  (Autoportrait) posté le mardi 28 juillet 2009 16:04

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit   Comme à l’ordinaire, Hélène était assise sur un banc du parc, celui qui avait été repeint récemment. Elle regardait la vie défilée sous ses yeux : les jeunes mères avec leurs bébés dans un bras et retenant leurs enfant qui l’appelaient « la vieille madame » de courir à la fontaine, ensuite venaient les groupes d’adolescents, des garçons apostrophant des filles pouffant, puis les jeunes couples se tenant timidement par la main et s’embrassant prestement derrière un bosquet, et pour finir, des vieillards ayant fêté leurs noces d’or. Elle méprisait particulièrement ces derniers, toujours à se plaindre de l’autre, mais encore avec, de peur de se retrouver seul. Ainsi passait ces journées faites de rien, pourtant elle n’aurait pu supporter plus. La vieille femme voyait tout, savait tout : tout le monde va au parc. Elle se moquait de leur vanité, méprisait leur orgueil et leur petitesse. D’une certaine manière, elle se vengeait de la destinée. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit    Ce fut dans ce décor ordinaire que le peintre fit son entrée. Hélène ne le remarqua pas immédiatement fixant, un sourire railleur aux lèvres, un homme d’affaire refusant de tenir la main de sa maîtresse. Lorsqu’elle perdit de vue le couple, son regard revint à la fontaine et s’accrocha à la silhouette du jeune homme. Il observait le parc avec la volonté d’imprimer dans sa mémoire le paysage dans les moindres détails. La vieille dame reconnut en lui la sensibilité de l’artiste. A son tour, il détailla la personne courbée sur le banc. Elle semblait écrasée non par les années, mais par la tristesse. Une profonde mélancolie se peignait sur son visage. Cette émotion l’attira et il s’approcha de la vieille femme avec une allure de messie. Les cheveux blonds, le sourire éclatant, la démarche souple et aisée tranchaient avec la froideur de la ville. Intimidée, elle détourna la tête. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit   « Bonjour madame, Vincent Coviel. Je suis peintre et j’aimerais réaliser votre portrait. Si cela ne vous intéresse pas, je n’insisterai pas. »

  Elle accepta, il lui proposa un jour de la semaine. Hélène préférait le faire immédiatement de peur de ne jamais venir et, elle le suivit.

lien permanent

04  (Autoportrait) posté le mardi 28 juillet 2009 16:09

  Les cils tremblent à peine. Le regard est figé en direction du peintre. Immobile dans le fauteuil, la femme pose. Quant au jeune homme, il est quelque peu étonné par l’attitude de son modèle. Il avait tenu à la peindre dans son salon. Entrée dans la pièce, elle s’était dirigée, sûre d’elle, vers le siège et s’y était installée sans un mot, devançant ses consignes. En effet, la place devant la fenêtre était idéale. L’aplomb d’Hélène l’intriguait de plus en plus. Elle avait perçu sa surprise, mais n’y prêta pas plus d’attention. Au contraire, elle avait besoin de se noyer dans cette sensation d’être étudiée en profondeur et non d’être considérée comme une handicapée. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit    Le pinceau fait l’aller-retour entre la palette et la toile. Le peintre avait fini l’esquisse depuis une bonne heure. Elle devine qu’il est en train de travailler le nez au mouvement du bras rectiligne et répétitif. Poser, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Les habitudes reviennent vite même à un âge où la mémoire défaille.

lien permanent

05  (Autoportrait) posté le mardi 28 juillet 2009 16:18

  68 ans plus tôt. La gorge serrée par l’angoisse, Hélène gravit lentement les marches d’un escalier vétuste la menant au numéro douze. La sueur perlait à ses tempes. Elle avait vêtu une chemisette et une jupe ample, mais la chaleur dans l’immeuble était intenable. Le soleil cuisait la ville depuis plus d’une semaine. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit    Enfin, la jeune femme arriva devant la porte indiquée par l’amie. C’était son premier jour de pose. Pour compléter son modeste salaire de femme de ménage, elle avait suivi les conseils de l’employée de l’appartement voisin. A peine sonna-t-elle que le battant s’ouvrit sur un homme barbu. Elle s’installa dans un pièce misérable où le désordre était roi et la transpiration empoisonnait l’air. L’artiste fut cependant très tendre et l’initia en douceur au métier de modèle. Hélène connut les peintres et les amants du même coup. Elle abandonna son travail pour un ivrogne. Elle sut les joies de l’art et vécut dans la misère qui rongeait sa beauté. Elle s’adaptait aux artistes et d’un coup d’œil apprit à deviner ce qui les intéressait en elle. AU bout de deux ans, elle fut un modèle reconnu par les maîtres de l’art.

lien permanent