
01 (Juste un regard) posté le samedi 03 octobre 2009 20:29
02 (Juste un regard) posté le samedi 03 octobre 2009 20:31

Coincée au lit par cette saleté d’angine et avec, pour amère compagnie, cette obsession. J’ai quarante degrés de fièvre, le front en sueur mais je ne délire pas. Je ne suis ni parano, ni amoureuse, juste accro.
Comment un simple mal de gorge matinal se transforme-t-il en un stupide virus ? Good question… Le médecin a diagnostiqué un chaud et froid. Je suis convaincue d’avoir fait une overdose. La meilleure solution serait-elle de faire une cure ? D’oublier? L’oublier? ¿Le olvidar? To forget him? Ihn vergessen? Dimenticarlo? Забудьте его? 彼を忘れてください? לשכוח את זה? 忘记他? …

Lui ou son regard? That is the question.
Lui, mon opposé, mon antonyme, ou presque. Un immense no man’s land nous sépare : toute la cour, toute une physionomie. CAP DECG première année, pull à capuche, mains dans les poches, chapeau sur le crâne, j’ignore tout de lui, même son nom. Série scientifique première année, écharpe jaune, veste noire gentiment nouée, légèrement cambrée, je passe la plupart de mon temps à bosser au CDI. Bref… Vous voyez un lien ? A priori aucun.

Son regard, si profond, si noir. Le seul, l’unique, qui a su aimanter l’émeraude de mes iris, qui a su se mesurer à leur insolence. Couleur pure café, couleur cacao en poudre 99%, couleur… Il m’obsède, c’est comme une drogue. Lorsque je désire arrêter cet étrange manège, je n’ai pas la volonté. Lorsque j’ai la volonté, je désire continuer.
C’est une histoire de fou qui a rapidement dégénéré. J’ai peu à peu réglé mes déplacements de façon à le croiser le plus souvent possible : au self, dans les couloirs,… Imperceptiblement, je suis devenue accro, accro à un regard. C’est devenu vital, inexplicable, incohérent. De plus en plus nerveuse, mon cœur s’emballant pour un rien, il fut temps de mettre un terme à cette stupide obsession.
Plus facile à dire qu’à faire. Mon cœur se déchire toujours entre la tentation de le voir et celle de l’oublier.

Assise dans les herbes folles au fond du jardin, j’ai confectionné des colliers de pâquerettes. Ailleurs. Tout le week-end, j’ai réfléchi à un remède, invoqué tous les dieux et pleuré assez de larmes pour que la nature reverdisse. En vain. Cependant, j’y ai cru, j’ai cru que je pouvais m’en sortir, l’oublier, le olvidar, to forget him,… J’ai espéré toute la semaine, indifférente et à nouveau moi-même. Puis il a fallu d’un instant, un instant plongé dans son regard, un matin d’hiver. Mes nerfs n’ont pas supporté. Des sueurs, une migraine et je me retrouve dans mon lit.

Je sais que cette histoire ne rime à rien, j’en suis parfaitement consciente. A présent, je ne désire qu’une seule chose : le hanter autant qu’il me hante.
Parfois, je repense à ce test stupide que la majorité des filles font le 31 août : que va-t-il t’arriver le jour de la rentrée ? Si j’avais su que j’allais devenir addicted à un regard, j’aurais gardé les yeux rivés sur les graviers de la cour…

Septembre 2009
____________________________________
Pour la petite histoire, il s'appelle Romain. ^^
16 (Une poignée d'amandes) posté le mardi 03 novembre 2009 20:22
« Viens… Suis-moi. »

Le murmure d’un ruisseau, le
chante d’un oiseau, la susurration du vent, la mélodie de la
nature, la voix du vieil homme. Le brouillard se dissipe laissant
place à un soleil aveuglant et un ciel de craie. Telle une musique,
la voix reprend, harmonieuse et entrainante. L’eau semble
l’avoir polie, elle souffle au creux de mon oreille,
infatigable. Elle m’attire à travers des champs de tournesols
abandonnés. L’herbe asséchée craque sous mes pas, les fleurs
à grandes pétales jaunes se plient sur mon passage. La chaleur
m’accable et la voix se tait. A l’ombre des arbres, la
lumière est toujours éclatante. La moindre goutte d’eau se
transforme en étoile. Je cherche mon guide dans ce décor plus
merveilleux que réel lorsque la végétation s’agite dans
l’air alourdi. Une agréable fraicheur s’installe tandis
qu’une forme se détache. Fine comme un tronc de bouleau,
l’écorce lisse et immaculée, la chevelure feuillue, les yeux
noisettes et nacrés, la muse s »’avance avec grâce. Elle ne
fait qu’un avec la nature, une harmonie extraordinaire les
unie. Elle s’approche, me caresse le visage avec une
bienveillance infinie. Je la laisse faire, fascinée par sa
puissance tranquille. Puis, doucement, ça a coulé en moi comme de
l’eau claire, purifiant mon esprit de toute haine.

Soudain, Mère Nature s’évapora
dans une pluie d’étoiles et je sombre vers mes cauchemars. La
voix murmure dans un dernier souffle : 
17 (Une poignée d'amandes) posté le mardi 03 novembre 2009 20:30
Tic tac, un cil. Tic, un œil. Tac, puis l’autre. Tic tac.
L’horloge égrène les secondes à un rythme implacable. Un éternuement vient troubler le silence. Je repousse la couverture piquée et observe cet étrange environnement. Les rayons de soleil filtrent, dorés, à travers les rideaux. Des meubles s’entassent, paresseux et vieillis, à l’abri de la lumière. Une épaisse pellicule grisâtre les recouvre : la poussière, second éternuement. Au fond de la chambre, une bibliothèque menace de s’écrouler sous le poids des livres ou des ans. Dénudés de beauté, ils m’apparaissent comme des clandestins sans espoir d’une vie meilleur.
Passé l’émerveillement du réveil, je tente de me lever. Mon corps ne répond pas et l’angoisse noue, à présent, ma gorge. Violemment, les souvenirs de ma chute reviennent et me bouleversent. Les larmes coulent et l’oreiller est trempé. Cela fait si longtemps que je n’ai pas pleuré… Le masque est tombé, ma carapace s’est brisée dans la cascade.
Lentement, j’entreprends de
remuer chaque membre. Mes premiers mouvements sont douloureux mais
après un temps interminable et une patience infinie, je
bouge. 
18 (Une poignée d'amandes) posté le mardi 03 novembre 2009 20:31
Les gonds sont affreusement rouillés et j’ouvre la porte dans un grincement effrayant. La pièce est aussi plongée dans l’obscurité. Un feu rougeoyant éclaire un mobilier aussi miteux que celui de la chambre. Je m’installe dans une bergère et me laisse bercer par la folle danse des flammes. Je perds la notion du temps.

Quelqu’un entre, frappe ses soulier contre le mur de pierre, tire les rideaux m’enlevant des bras de Morphée. Je me redresse honteuse. Le vieil homme s’affaire dans la cuisine, je m’approche, confuse. Avant de pouvoir prononcer des mots stupides, il demande :
« Bien dormi ? »
Je souris. Le murmure d’un ruisseau, le chante d’un oiseau, la susurration du vent, la mélodie de la nature,… la voix.



