Accueil Date de création : 07/07/09 Dernière mise à jour : 14/03/10 14:04 / 45 articles publiés
 

20  (Une poignée d'amandes) posté le dimanche 03 janvier 2010 16:04

Une sensation étrange me tenaille depuis le début de mon expédition : l’impression assez angoissante d’être suivie. J’ai beau me retourner, aucune forme suspecte à l’horizon. C’est donc, après avoir consciencieusement réfléchi, que je change mon trajet. Au lieu de continuer sur le sentier qui mène à la forêt hirsute. Je m’engage sur le chemin connu de la rivière. En trois sauts, je suis sur l’autre rive et m’effondre derrière des contreforts naturels : l’effort et l’angoisse me tordent le ventre. Le bruit de l’eau qu’on éclabousse me fait relever la tête. Un garçon de mon âge sans doute me rejoint en quelques enjambées, le visage rayonnant de malice. Il s’installe nonchalamment sur le rocher.

« Salut ! Moi, c’est Baptiste, lance-t-il en tendant une main pour m’inviter à le rejoindre. »

Je l’attrape, grimpe et m’asseoit à ses côtés. Il lâche mon poignet, surpris.

« Hé ! T’as la peau sur les os, s’écrie-t-il avec une grimace. Et toi, tu… ?

- Emmeline, dis-je de plus en plus mal à l’aise. »

Face à mon silence gêné, il reprend :

« Euh… désolé. Je suis curieux et t’as touffe de renard m’amuse, fait-il en désignant mes cheveux roux, les cheveux de ma mère. T’es de Marsanne ? Jamais vue.

- Non, de la ville.

- Ah, je comprends mieux. T’es en vacances alors ?

- Oui, euh… en quelques sortes. »

Toujours mal à l’aise, je ne suis pas très loquace et cela commence à l’agacer. J’ai pris l’habitude de me taire et le retour à la civilisation est difficile.

« T’as bien de la chance, reprend-il. J’aime pas l’école, je préfère battre la campagne. Tu loges où ?

- Au bout de la Chabrène près de chez le père Emile. Et toi ?

- Rue du clocher. Mon père est potier. Quelle vie pourrie passée entre les cigales et les lézards ! je voudrais trop partir en ville, y parait que là-bas, la vie est belle.

- Peut-être pas. J’en sais quelque chose. »

Il me sourit vaguement convaincu. Soudain, Baptiste tourne sa frimousse constellée de tâches de rousseur vers la lisière du bois, ses yeux se plissent.

« Faut que j’y aille. Fait pas bon par ici, lâche-t-il en sautant de son perchoir. Ravie de t’avoir rencontré Emmeline. A plus tard ou au pire, on se reverra en ville ! »

Tandis qu’il s’éloigne, j’aperçois au loin la silhouette de mon hôte. Le soir, rien ne change et je finis par oublier l’épisode de l’après midi.

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