
« Quand je serai grand, je t’épouserai. »
Le visage du petit garçon rayonnait. Je m’étais tue mi amuse mi choquée par sa déclaration. A l’étage, des talons claquaient. A l’extérieur, le bourdonnement des voitures était incessant. Mon meilleur ami me fixait de ses yeux noisette. Je sortis de ma torpeur :
« Et si je ne veux pas ? répliquai-je en me levant. »
Il me regarda, étonné. Pour lui, c’était impossible que je ne veuille pas. J’étais sa princesse. Nous nous connaissions depuis nos premiers pas. Nos parents étaient des amis de longue date. Nos maisons étaient voisines. Pour couronner le tout, j’étais mignonne.
« Je ferai tout ce que tu voudras ! »
Il était sûr de lui. Ses parents étaient riches.
Il s’imaginait que j’allais lui demander
d’exécuter des désirs de petite fille : toute la collection
Barbie, deux semaines sous les tropiques, enregistrer un album,
… J’étais plus maligne que lui. 
« Décroche-moi une étoile ! »
Mon ami en resta bouche bée. Mon vœu était tout simplement irréalisable.
Nous avons grandi et notre amitié s’est effritée. Au collège, il m’écrivait encore des mots qu’il cachait dans mon casier. Enfin, il comprit que son amour d’enfant ne pourrait rien contre mon entêtement.