« Voulez vous couper le cordon ? »
Une paire de ciseaux, des lumières aveuglantes,
des blouses blanches, des gants en latex bleu pâle, des cris, des
pleurs, des rires et cette voix embarrassée. J’avais changé
de mains. Je fus éblouie par un sourire étincelant et une tignasse
rousse flamboyante : maman. Ses lèvres se posèrent sur ma joue
mouillée par le liquide amniotique. Puis, une main rêche me caressa
maladroitement le crâne. Elle était poilue, elle me fit peur. Je
pleurai, je criai dans un langage animal. Doucement, ma mère me
berça, je me blottis contre elle tétant mon pouce. La sage-femme
sourit. 
« Comment désirez-vous l’appeler ? demanda-t-elle.
- Emmeline, répondit la voix embarrassée. »
Emmeline… Je faisais mon entrée dans la civilisation. Par la suite, j’appris que mon prénom n’était pas un hasard. Il comprenait le début de celui de mon père, Emeric, et la fin de celui de ma mère, Aline. Le deuxième m était une pure fantaisie.
« Il faut vous reposer Mme d’Avenson. »
Une femme en blouse blanche me prit dans ses
bras. Une infirmière attacha un bracelet en plastique à mon
poignet. Je parcourus les couloirs de la clinique avant
d’atterrir dans un berceau. Je me souviens de ces paroles, de
ce blanc aveuglant et en particulier d’un parfum de lavande.
Le reste, je l’ai ressenti inconsciemment ou inventé. Je
m’étais tissée un bonheur artificiel pour mes premiers jours
sur Terre. 
La chute était longue et les images défilent.