Une semaine auparavant, mes parents partaient.
Quand la lune s’efface sous l’éclat de l’étoile.
Ils laissaient un peu d’argent, un stock de médicaments, un
baiser sur ma joue et la promesse de venir le week-end suivant. Ils
ne sont pas venus. Mon père prépare son premier meeting à
l’Odéon et ma mère souffre d’une angine blanche. Ils
ont juste appelé pour prendre des nouvelles. J’ai menti pour
les rassurer ou peut-être pour mieux les éloigner. Pendant quatre
ans, mes parents ont tenté de garder ma tête hors de l’eau,
surtout mon père. Je n’ai plus la force. Ils ont promis de me
rendre visite le dimanche suivant. Foutaises. 
Je suis parfaitement consciente de ce qui va arriver. Le mot est tabou pour eux, par pour moi. Je vais me suicider. Ce n’est pas une décision prise à la légère. Il faut pourvoir peser le pour et le contre avec justesse. Dans mon cas, le seul regret est la nuit mais, la mort n’est-elle pas une nuit éternelle ? Je veux arrêter de penser à cette vite faite de profit et faux-semblants, à ce monde que s’est construit mon père et auquel ma mère a toujours rêvé. Je veux…
« Je ne saute pas ? Je saute. »
Comme un ralenti de cinéma, mon corps se
contracte pour rassembler toute l’énergie disponible. Puis,
il se tend, les pieds quittent le sol. Je prends mon envol. Un
instant, l’air me porte, m’enveloppe doucement.
Cependant, les lois de la physique sont une réalité.

C’est la chute. La dernière.