Un encadrement en chêne travaillé avec soin, un vernis qui s’écaillait, des vitres légèrement poussiéreuses, des pierres polies par le vent des deux dernières décennies. Comme à mon habitude, j’étais postée à la fenêtre savourant la vue nouvelle et décompressant après la journée éprouvante. D’un bleu profond, la nuit semblait sortie des abysses marines. Elle n’était pas semblable à celle de la ville. Elle n’avait pas cette teinte orangée caractéristique de la pollution lumineuse. Les étoiles en abondance paissaient dans les champs célestes. Leur robe éclatante illuminait le ciel comme les guirlandes lumineuses le soir de Noël. La Lune montait, majestueuse, à leur rencontre. Tandis qu’au sol, les arbres formaient une armée de soldats en déroute. Trapus et replets, ils se balançaient en liberté sous le souffle bourru du vent. Chacun avait son caractère : grand, dominé, fluet, rigide, tordu, solitaire. La forêt de Marsanne vivait, chantait, piaillait, hululait, glapissait. Je me délectais de la paix éphémère retrouvée dans l’obscurité.

Mes paupières s’alourdirent doucement. Je me dirigeai vers le lit avant de tomber de sommeil. La tête calée par deux oreillers moelleux, je tentai de faire le vide en moi, en vain. Mon ventre me brûlait de la brûlure quotidienne. Les mains posées sur l’abdomen, j’y sentais les cailloux chauds comme la braise accumulés par la faim. Ma peau lissée par les huiles de ma mère se tendait sur des muscles quasi inexistants. Ma maigreur faisait peur, mais me laissait indifférente. Sans prévenir le marchand de sable passa.