
Mirmande… une poignée d’amandes disposée dans un écrin de velours vert. Le petit village se tenait fièrement face au soleil couchant. Accroché à la colline, il y grimpait doucement surplombant la vallée tapissée par les paysans. Les champs formaient un immense patchwork. De l’orge était cousu entre du blé et du maïs. Les tournesols tournaient leurs visages auréolés de pétales jaunes vers l’Ouest. Tandis que le soleil descendait inexorablement en direction du Nouveau Monde, la nuit marchait au dessus de la forêt grignotant peu à peu les premières maisons.
Nous avions roulé toute la journée sous un soleil
de plomb. La voiture peinait et nous crachait l’air frais de
la climatisation à la figure. Ma mère avait fini par
s’endormir les pieds posés sur le tableau de bord.
J’avais guetté le coup de frein la faisant traverser le
pare-brise, peine perdue. Mon père avait lâché son téléphone
portable après avoir manqué de recevoir une amende. Ca aurait fait
de l’effet pour sa campagne. Aline émit un cri, se redressa
sur son siège et roula les yeux, le teint blafard. Encore un de ses
cauchemars qu’elle ne manquerait pas d’analyser grâce à
son livre de psychologie. Elle chercha son sac à main, nerveuse et
en extirpa un comprimé blanc. Son mari lui lança un regard
réprobateur.
« C’est pour le mal des transports, se défendit-elle.
- Aide-moi plutôt à trouver le logis, soupira-t-il. »
Finalement, il interpela un vieux bougre jardinant dans son potager.
« Beh, c’est pas par ici mon p’tit monsieur.
- Est-ce loin ?
- Suffit qu’vous remontiez la Grand’Rue, d’là prenez la Chabrène. C’est tout au bout. Pouvez pas vous tromper, c’est just’avant le virage. Y a le père Emile qui loge dans le coin. »
Le bonhomme offrit à mon père un franc sourire : une bouche parsemée de dents cassées avec un peu de chique au fond. Malgré son physique disgracieux, la sympathie en irradiait.
« Je vous remercie pour ce précieux renseignement monsieur, répondit poliment mon paternel avec ses manières artificielles.
- Dites, vous serez t-y pas de la ville ? »