« Il est évident que son dernier séjour à la clinique n’a servi à rien, comme les précédents, malgré le travail acharné de mes collègues, reprit le psychiatre observant ses résultats.
- Acharné et admirable, insista mon géniteur affichant son fameux sourire séduisant les foules. »
Il se tourna vers moi comme pour confirmer ses
paroles. Installée dans un coin de la pièce, je laissais mon regard
errer sur les murs, totalement indifférente à l’entretien.
Une nature morte, quelques diplômes, des orchidées, des rideaux
jaunes, un peu de poussière sous le bureau, une mouche écrasée dans
l’angle de la fenêtre.
En effet, les charlatans de la clinique s’étaient acharnés. Ils avaient presque fini par me faire croire que la vie n’était pas une impasse, mais une large avenue bordée de palmiers gigantesques. La dernière semaine, j’avais même fini par manger un bol de riz chaque soir en plus de mes perfusions. Ces efforts inespérés mirent un terme à ma détention dans l’asile de fou. La chute en fut que plus brutale.
« Quand vous dites « à la campagne », vous… vous voulez parler de la province ?
- Tout à fait madame ; chez les paysans.
- Oh mon Dieu ! manqua-t-elle de défaillir. - Expliquez-vous, ordonna son mari.
- Monsieur, vous êtes conscient que nous avons quasiment tout tenté pour guérir votre fille. Je pense qu’un changement radical serait nécessaire, commença doucement le psychiatre. Un peu moins de confort et de civilisation aurait un effet bénéfique sur sa santé. A moins que vous préfériez la voir toute votre vie se nourrir de médicaments ? »