Accueil Date de création : 07/07/09 Dernière mise à jour : 14/03/10 14:04 / 45 articles publiés
 

03  (Une poignée d'amandes) posté le lundi 10 août 2009 20:09

Le soleil s’était retiré laissant place à la lune. L’obscurité tentait de recouvrir la ville de son manteau noir malgré les éclairages orangés suspendus entre la voûte céleste et les trottoirs. Le quartier chic sommeillait bercé par le doux souffle des chiens de garde. Les arbres taillés strictement frémissaient emprisonnés par leur forme géométrique. Cependant, la nuit régnait en souveraine incontestée. La végétation respirait et le monde animal revivait tandis que les hommes se reposaient. C’était le moment que je préférais, où j’étais encore un peu moi-même. Seule, accoudée à la fenêtre ouverte sur une obscurité croissante, à se délecter de la fraîcheur nocturne. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

Le calme fut rompu par des voix provenant de la pièce attenante : la chambre de mes parents. Je m’approchai en silence. Ayant collé mon oreille au papier peint, je pus suivre leur conversation :

« Il faut de rendre à l’évidence Aline !

- Oui, mais, enfin… Tu es sûre que… la campagne ?...

- Nous n’avons pas le choix : elle, toi, moi. Cela fait quatre ans que ça dure et elle a déjà failli nous quitter. Tu veux la voir mourir ?! »

Un silence suivit, interminable. J’imaginais ma mère blanche comme une poupée de porcelaine pensant à ses comprimés antidépresseurs.

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04  (Une poignée d'amandes) posté le lundi 10 août 2009 20:11

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« Tu te souviens du Dr Duchinet ? se risqua-t-elle. Il avait dit que ça passerait avec le temps…

- C’est un imbécile. Emmie a seize ans et est plus maigre que jamais ! Dr Dolt* est le meilleur psychiatre du pays et je me fie à ses conseils.

- … Peut-être qu’il avait raison… pensa-t-elle tout haut.

- Qui ?

- Monsieur… monsieur Piem…

- Voyons Aline !la coupa-t-il. Nous ne pouvons revenir en arrière et notre fille ira à la campagne ! s’emporta soudain mon père. » Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

« Ecoute, dans une semaine la campagne électorale débute et je ne peux me permettre d’avoir des faiblesses. Or, Emmie en est une. Te rends-tu compte ce que son état de santé signifie pour moi ?... Mes opposants diront que je suis incapable de m’occuper de ma fille, donc totalement inapte à tenir une mairie !... Et toi, tes amies ne tarderont pas à te renier si je suis en mauvaise posture ! Par conséquent, elle doit aller à la campagne : c’est vital pour toi, pour elle, pour moi ! »

La discussion était close. Ma mère se plia une fois encore aux décisions de son conjoint. Des draps se froissèrent, le clic d’un interrupteur résonna jusqu’à mes oreilles. Ensuite, ce fut le silence, profond, puissant, paisible. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

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* : en hommage à la grande pédopsychiatre, Françoise Dolto.

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05  (Une poignée d'amandes) posté le lundi 10 août 2009 20:18

Des murs de béton, des champs, des pins, des champs, des villes, des résineux, des champs… Le pays défilait sous mes yeux à la vitesse de cent dix kilomètres par heure. Découpée par le store de la vitre arrière, la campagne s’étalait à perte de vue : au nord humide et verdâtre, au sud sèche et dorée. Mon père au volant, ma mère à la place du mort, nous suivions. Les voitures vrombissaient telles des mouches sr une plaie béante, une coupure sur l’étendue naturelle. Aline jacassait, couvrant de son flot de niaiseries la musique émise par la radio, la musique de Bach.

« Madame De Beauport vient d’adopter un petit noir. Il est absolument adorable… »

Je soupirai : encore un qui s’était trompé de monde. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

« Je suis contente, ma coiffeuse m’a assuré que ma coupe était la plus tendance pour les femmes de la cinquantaine. Depuis, mes amies, madame Minodois et madame Clarens, ont la même. »

Je laissai échapper un bâillement. Mon père mit ses oreillettes et appela ses amis du parti. Notre famille était la famille idéale aux yeux du monde. Elle était, dans l’intimité, la plus désunie qui soit. Je m’endormis de ce sommeil qui ne repose pas. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

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Bêtisier  (Annexe) posté le mardi 11 août 2009 17:14

Une poignée d'amandes

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C'est ce qui s'appelle les aléas du tournage ! Je tiens à préciser que ce sims n'a pas le trait de caractère "fou"...

Pour le prologue, j'ai eu droit à des acteurs très talentueux, peut-être trop... A peine arrivée sur le terrain qu'elle nous fait une crise. C'est parfait, mais ce n'est pas le moment...

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06  (Une poignée d'amandes) posté le dimanche 16 août 2009 18:03

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Mirmande… une poignée d’amandes disposée dans un écrin de velours vert. Le petit village se tenait fièrement face au soleil couchant. Accroché à la colline, il y grimpait doucement surplombant la vallée tapissée par les paysans. Les champs formaient un immense patchwork. De l’orge était cousu entre du blé et du maïs. Les tournesols tournaient leurs visages auréolés de pétales jaunes vers l’Ouest. Tandis que le soleil descendait inexorablement en direction du Nouveau Monde, la nuit marchait au dessus de la forêt grignotant peu à peu les premières maisons.

Nous avions roulé toute la journée sous un soleil de plomb. La voiture peinait et nous crachait l’air frais de la climatisation à la figure. Ma mère avait fini par s’endormir les pieds posés sur le tableau de bord. J’avais guetté le coup de frein la faisant traverser le pare-brise, peine perdue. Mon père avait lâché son téléphone portable après avoir manqué de recevoir une amende. Ca aurait fait de l’effet pour sa campagne. Aline émit un cri, se redressa sur son siège et roula les yeux, le teint blafard. Encore un de ses cauchemars qu’elle ne manquerait pas d’analyser grâce à son livre de psychologie. Elle chercha son sac à main, nerveuse et en extirpa un comprimé blanc. Son mari lui lança un regard réprobateur. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

« C’est pour le mal des transports, se défendit-elle.

- Aide-moi plutôt à trouver le logis, soupira-t-il. »

Finalement, il interpela un vieux bougre jardinant dans son potager.

« Beh, c’est pas par ici mon p’tit monsieur.

- Est-ce loin ?

- Suffit qu’vous remontiez la Grand’Rue, d’là prenez la Chabrène. C’est tout au bout. Pouvez pas vous tromper, c’est just’avant le virage. Y a le père Emile qui loge dans le coin. »

Le bonhomme offrit à mon père un franc sourire : une bouche parsemée de dents cassées avec un peu de chique au fond. Malgré son physique disgracieux, la sympathie en irradiait.

« Je vous remercie pour ce précieux renseignement monsieur, répondit poliment mon paternel avec ses manières artificielles.

- Dites, vous serez t-y pas de la ville ? »

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