« Madame ! »
La voix du peintre brise le silence comme un rappel à l’ordre. La vieille femme s’est affaissée dans le fauteuil, la tête tournée vers le passé. Elle se redresse, se raidit à la manière des matriarches jugeant tout savoir de la vie. L’avertissement la trouble, la blesse. Elle croyait être infaillible, elle croyait…
60 ans
plus tôt, un matin d’automne. Le soleil brillait déjà
insolemment, bravant le froid et les nuages. Hélène s’éveilla
enveloppée de draps en satin de coton rose. Ils sentaient bon le
propre et la lavande, elle les avait acheté récemment grâce à la
vente du « Poésie ». Elle sourit à la vie qu’elle menait. La
jeune femme était heureuse… Personne à ses côtés, Victor
était sans doute parti peaufiner l’œuvre commandée par
Peyruis. Elle enfila une robe de soie, trop légère pour la saison
et, le rejoignit dans l’atelier. Il était installé en face de
son chevalet, plongé dans ses pensées.
« Tu ne travailles pas ? s’étonna-t-elle. - Je vais
partir, répondit-il lasse. »
Elle resta interdite. Cette attitude sûre et posée ne lui ressemblait pas.
« Je vais chercher le bonheur, ajouta-t-il en se levant.
- Tu… tu ne prends rien ?... Pas d’argent ?... balbutia-t-elle.
- Le
bonheur ne s’achète pas Hélène. »
Elle se plaça devant la porte pour l’empêcher
de sortir bien qu’elle se doutait que sa décision était
irrévocable.
« Tu ne vas pas… pas me laisser ?... hein ? s’effraya-t-elle.
- Je te souhaite aussi de le trouver, répondit-il en lui caressant la joue.
- Victor, sans moi tu n’es rien ! s’écria-t-elle en lui jetant les bras autour du coup. »
Il la repoussa gentiment et partit. Hélène s’effondra, elle n’avait rien vu venir, rien…