Passée
l’euphorie des premiers mois, la jeune femme se rendit compte
que Victor avait un véritable potentiel artistique bien qu’il
ne soit ni ambitieux ni autoritaire. Il laissait la plupart du
temps sa maîtresse organiser la scène et prendre la pose, i les
contentait de peindre et de saisir les couleurs au bout de son
pinceau. Au bout de trois ans de vie commune, Hélène commença à
s’irriter de ses caresses, de ses bâillements, de son lourd
sommeil, de sa paresse, de cette vie paresseuse… Un jour o ù
il s’assoupissait derrière son chevalet, la palette en main,
elle s’emporta :
« Regarde-toi… incapable de donner trois coups de
pinceau sans s’endormir ! J’ai devant moi un artiste
comparable au plus grands, trop fainéant pour être reconnu. Tu
attends le messie juif pour te mettre au travail ?! Sache que, moi,
je ne l’attendrais pas ! »
Sur ce, elle claqua la porte. Le réveil de Victor fut brutal. Faible, il ne supporta pas que sa maîtresse lui en veuille et la rejoignit.
« Je
t’en supplie, calme toi Hélène ! Ne m’en veux pas,
je… je ferais tout ce que tu voudras. »
Elle avait gagné. Dès le lendemain, elle le fit travailler
durement. Les débuts furent médiocres. Rapidement fatigué par la
concentration, il se décourageait. Hélène découvrit que
l’amour qu’il lui témoignait était aussi fort que pour
la peinture. Victor repeignait le monde, il avait un talent fou.
Comme elle l’espérait, le peintre connut un grand un succès
lors de sa première exposition à la galerie. La nue reteint en
particulier l’attention. La jeune femme se pâmait, fière de
sa réussite. Cependant, elle ne s’arrêta pas à la gloire
nouvelle et relança son amant dans son travail. Cela dura cinq
ans… Cinq ans de dur labeur, d’amour fragile et de
succès éphémère…