Le jeune homme peint imperturbable derrière son chevalet. Ses
cheveux reflètent les rayons du soleil formant une auréole
au-dessus de son visage. Il a le nez droit, le menton volontaire,
les lèvres pincées et les pommettes saillantes. La vieille dame
pense que c’est un beau garçon. Elle songe aux filles
qu’il a connu, qu’il a aimé. Une vague de nostalgie
manque de la noyer. Il en profite pour immortaliser l’éclat
gris de ses pupilles qui s’est renforcé.
Le mois de mai battait son plein. Hélène ne profitait
pas de la fraîcheur printanière, elle posait depuis le matin pour
Marcus. Le soleil commençait a décliné et il maugréait de ne pas
avancer assez vite lorsqu’on frappa. Le peintre arrêta son
travail, le mécontentement se lisait sur son visage. Il sortit. La
jeune femme perçut des éclats de voix, puis des rires. Enfin, les
deux hommes entrèrent, joyeux, se tenant par le bras.
« Victor, j’aimerais te présenter mon modèle, Hélène.
C’est une merveille ! »
Il m’adressa un hochement de tête en guise de salutation.
« Hélène comme la plus belle femme de Grèce, dit-il un sourire dessiné sur le visage. »
Elle ne le lâcha pas des yeux de la soirée, lui non plus. Ce jeune artiste, du même âge qu’elle, était vieilli par une barbe de quelques jours. Ses yeux d’un bleu profond, sa bouche charnue la faisaient rêver. Quant à Victor, la peau blanche, les yeux gris, les lèvres rouges du modèle l’inspiraient. A peine, le tableau de Marcus achevé qu’il la réclama pour réaliser une nue. Ce ne fut pas l’unique fois qu’elle posa dénudée pour lui. Ils connurent un amour passionnel partagé. Hélène vécut ses plus belles années.